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May 28, 2007 • Rencontre et mariage
Elle avait peur pour Anna. J’ai tenté du mieux possible de la rassurer mais elle était véritablement inquiète. Olia est arrivée pour nous dire au revoir. Elle était superbement habillée avec un grand châle en laine qui s’harmonisait parfaitement avec les couleurs de sa tenue. On était tous un peu triste et c’est Valera qui a détendu l’atmosphère au moment du repas en sortant la traditionnelle bouteille de vodka.
Il a porté un toast à notre amour mais d’une manière très formelle et profondément touchante. J’ai compris qu’il s’agissait pour eux d’un moment important de leur vie et de celle de leur fille qu’ils avaient peur de voir partir aussi loin. Je n’ai pas su quoi dire.
J’ai bu mon verre de vodka en silence dans la solennité de l’instant. On s’est toutefois arrêté rapidement de boire les verres car Valera semblait extrêmement fatigué. Slava nous a appelés par téléphone pour nous dire au revoir. Il ne pourrait malheureusement pas venir ce soir en raison de son travail intense du moment. Il était un peu plus de 9 heures quand j’ai regardé ma montre.
Voilà c’était à peu près terminé pour Naberezhnye Chelny. Une parenthèse culturelle étonnante et terriblement enrichissante. Avant de partir, Olia m’a demandé ce que j’avais le plus aimé lors de ma visite. Certainement pas l’architecture, ais-je répondu avec honnêteté. Je lui ai dis que je ne savais pas encore mais j’ai répondu avec certitude qu’il ne fallait pas comparer le Canada et la Russie comme on me le demandait souvent. Lequel des deux pays est le plus agréable ? Comment pouvais-je répondre à une pareille question. Était-ce une sorte de provocation ? Je pense que ce que j’ai le plus aimé c’est clairement Anna et la découverte de son univers. Jamais je n’aurai pu la comprendre si je n’avais pu la voir évoluer dans sa ville natale auprès de ses parents. Le fossé culturel est énorme, on ne peut pas le nier, mais si je peux faire un effort d’adaptation, j’ai beaucoup à y gagner.
Les relations de couple sont d’une simplicité étonnante, tout à fait conforme à mes attentes. C’est plus difficile à expliquer mais j’ai également été fasciné par les femmes russes que j’ai rencontrées, d’une beauté rare et à profusion. Cuisinières exemplaires, mères sérieuses, douces, attentionnées, travailleuses, j’ai parfois eu l’impression que le pays tenait à la force de leurs bras. Infatigables et dévouées, elles protègent leur famille comme j’ai rarement vu personne le faire au Canada. Au-delà de son aspect culturel et festif du moment, la vodka m’a paru être une dangereuse forme de destruction pour la gent masculine.
Aussi, la milice et la bureaucratie semblent représenter une forme de paralysie du pays. La peur est souvent présente avec les portes de chaque appartement blindées comme un coffre de banque, les passeports vérifiés pour n’importe quelle raison, la multiplicité des agents qui sont là à surveiller comme si le peuple russe ne pouvait se surveiller lui-même. Je me rappellerai souvent la futilité du rôle de surveillance des vestiaires pour homme de la piscine de Naberezhnye Chelny. Le climat m’a également paru froid, bien plus qu’au sud du Québec. Certains soirs j’avais la sensation de me trouver à Kuujjuaq au mois de janvier et pourtant ce n’est que le mois de novembre. J’ai également eu la chance de voir la pauvreté d’assez proche. Loin de me répugner, je me suis aperçu qu’elle était souvent vécue avec une dignité exemplaires et souvent à l’origine de valeurs morales exemplaires dans la famille. Enfin, au niveau organisationnel je n’ai jamais su comment classer les comportements des russes que j’ai rencontrés. J’avais parfois l’impression d’avoir affaire à des allemands ultra organisés et respectueux des règles et à d’autres moments j’avais l’impression de me trouver en Italie où chacun conduit à peu près comme bon lui semble au mépris total de toutes règles de bonne conduite.
Finalement je dois avouer que l’architecture paysagère du pays dépasse l’entendement en termes de grisaille et de déprime. On ne peut pas faire pire, c’est certain. Kuujjuaq fait figure de cité touristique cinq étoiles à côté de cette ville Russe. La faute à qui ? Clairement au communisme en éliminant la propriété privée.