Rencontre

Analyse de l’oeuvre « La maison de glace »

Epoque du récit 1739-1743

Résumé En 1739, l’impératrice russe Anne Ivanowna règne sur la Russie.

En réalité le pouvoir est aux mains de son favori Biren, un aventurier allemand qui opprime le pauvre peuple, torturant, martyrisant ceux qui ne peuvent payer les impôts. Les opposants, menés par Wolinski, un noble qui bénéficie lui aussi de l’amitié de l’impératrice russe, tentent de délivrer le pays du joug de cet homme cruel.

En ce mois de carnaval, leur espoir repose sur l’arrivée imminente d’un Ukrainien, venu participer aux fêtes et porteur de doléances pour l’impératrice russe. Malheureusement, malgré les précautions prises, les espions de Biren l’interceptent et ce pauvre homme meurt des suites d’un arrosage, qui par ce froid glacial, le transforme en statue de glace. Inspirée par cette statue, l’impératrice russe charge Wolinski de construire une maison de glace qui servira de lieu de réjouissance.

Le découragement gagne alors les opposants, d’autant que Wolinski délaisse ses sentiments patriotiques, obnubilé par la passion qu’il éprouve pour Mariolizza, une belle princesse slave. Comme il est déjà marié, ses ennemis voient en cet amour un moyen de le perdre, l’impératrice russe étant intransigeante sur la morale de son entourage.

Aussi, quand l’épouse russe de Wolinski revient de son séjour de Moscou en annonçant sa grossesse, Wolinski se retrouve dans une situation inextricable. Mise au courant par Zouda, le secrétaire de Wolinski, Mariolizza comprend qu’elle doit se sacrifier pour le sauver. Parallèlement, le neveu du secrétaire de Biren, partisan de Wolinski, ouvre les yeux de l’impératrice russe et intercède pour qu’elle disgracie Biren et donne son soutien à Wolinski. Seulement, ayant eu vent de leur amour coupable, elle impose à Wolinski de divorcer de sa femme pour épouser Mariolizza.

Le dilemme est terrible pour celui-ci, mais la jeune princesse slave lui évite d’avoir à choisir en mourant après avoir passée une nuit avec lui. Malheureusement, le choc de cette mort est si grand pour Wolinski qu’il ne peut profiter de son avantage et l’impératrice retombe sous la domination de Biren qui obtient la tête de son rival et de ses compagnons pour trahison.

Analyse

La maison de glace fait partie des histoires ramenées de Russie par Alexandre Dumas suite à son voyage dans ce pays (relaté dans De Paris à Astrakan), tout comme La boule de neige, Sultanetta, Jane… D’après l’auteur lui-même, dans un article du journal Le Monte-Cristo, cette histoire est en fait une adaptation, plus qu’une traduction, d’un récit de Lazhechinkoff, un auteur russe.

Dès les premières pages, on est plongé dans une atmosphère lourde et oppressante bien que l’on soit en plein carnaval. Certes, la température glaciale ne fait rien pour arranger les choses, mais on comprend vite la situation dans ce pays: une impératrice russe soumise à la domination d’un parvenu, des opposants impuissants qui attendent leur heure en conspirant, un peuple qui souffre… et aussi une histoire d’amour dont vont se servir les «méchants» pour triompher des «gentils».

Est-ce parce que Dumas a voulu respecter les caractéristiques de la littérature russe? La maison de glace est un roman triste et pessimiste, non seulement par la gravité du sujet abordé mais aussi par la personnalité des protagonistes de l’histoire. En effet, tous ont quelque chose en eux qui les amène à un moment ou à un autre à leur perte.

Par exemple, la faiblesse de caractère de Wolinski avec son amour fou pour la princesse russe qu’il fait passer avant ses devoirs envers la patrie, puis son indécision quand sa femme lui annonce cette grossesse tellement désirée et enfin son désespoir après la mort de Mariolizza qui lui fait perdre son crédit auprès de l’impératrice, laissant ainsi le champ libre à son ennemi.

Personnage typiquement dumasien, Mariolizza vit son amour de façon passionnelle tout en gardant les idées assez claires pour se sacrifier afin d’éviter à Wolinski d’avoir à choisir entre son honneur et elle.

Dans la bohémienne mère de Mariolizza (ce qu’elle est seule à savoir) se retrouve le caractère parfois excessif des Russes. En effet, cette femme russe d’une grande beauté mais qui ressemblait trop à sa fille n’hésite pas à se défigurer pour que, une fois mise en sa présence, personne ne puisse faire le rapprochement entre elle et sa fille. Et que dire de la souffrance ressentie par cette femme russe devant cet amour à sens unique? Heureusement la folie aura raison d’elle, si bien qu’elle mourra en ignorant la fin tragique de sa fille…

Ce roman écrit «à la russe» est très intéressant dans la mesure où il nous fait découvrir une partie de l’histoire du règne de l’impératrice Anna Ivanowna (1693-1740) sous l’emprise du terrible Biren. En outre, on retrouve des thèmes chers à Dumas tels que la force de l’amour passion, les aspirations à la liberté de jeunes nobles, l’amour de la patrie… Et puis les secrets d’alcôves, les poisons, les trahisons, les espionnages en tout genre sont autant d’ingrédients contribuant à la réussite de ce livre…

Certes, on aurait préféré un dénouement plus heureux, mais finalement il représente bien l’état d’esprit russe de cette époque.

A suivre:

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