Eglise priorale Saint-Fortuné de Charlieu

Eglise priorale romane Saint-Fortuné ; commune de Charlieu, Loire, 42, Rhône-Alpes, France
L’église Saint-Fortuné fut consacrée en 1094. Il n’en demeure que le premier niveau de la façade ouest et les piliers de la première travée.
Les tympans de l’église prieurale Saint Fortuné de Charlieu sont tous trois remarquables à plusieurs titres. Ceux des portails nord, bien qu’altérés par la suppression des têtes des personnages, sont d’une remarquable qualité artistique, pour laquelle la grâce et la force tourbillonnante du mouvement des scènes de personnages le disputent au caractère éminemment décoratif de la multitude de motifs géométriques ou végétaux.
Les portails de la façade nord, deuxième quart du XIIe siècle
Ils sont reliés par leur thématique : alors que l’archivolte du portail principal est surmontée d’un gracieux et réaliste agneau de l’apocalypse, le linteau du petit portail représente les sacrifices d’animaux pratiqués sous la loi judaïque. Comme Charlieu est une abbaye clunisienne, c’est une interprétation de Pierre le Vénérable, qui fut abbé de Cluny, qu’il faudrait voir illustrée ici ; dans son traité contre Pierre de Bruys, il précise : « le bœuf, le veau, le bélier, la chèvre, arrosaient de leur sang les autels des juifs ; seul l’agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, repose sur l’autel des chrétiens. » Voilà le lien entre l’agneau et le bétail au sacrifice. L’exégète explique plus loin que le Christ, en changeant l’eau en vin aux noces de Cana, a voulu figurer l’eucharistie et le sacrement de l’autel. Or, ce sont justement les noces de Cana qui sont représentées au-dessus de ce linteau.
Le grand portail – tympan
Le Christ en gloire dans une mandorle est entouré des « quatre vivants » de l’Apocalypse de Jean : le tétramorphe, identifié dès le deuxième siècle aux quatre évangélistes. L’aigle, symbole de Jean, porte un rouleau.L’homme, qui représente Matthieu, est à gauche du Christ. En bas à gauche est le lion, Saint Marc.Enfin Saint Luc est le taureau.
De chaque côté de l’archivolte supérieure, les vieillards de l’apocalypse de Saint Jean dansent et jouent du rebec, les 24 rosettes symbolisent leur nombre exact, l’agneau de l’apocalypse couronne la composition. La végétation, abondante dans les frises, joue un rôle important : À la base de la mandorle, elle revêt un sens symbolique : le Christ est le fruit ou la fleur de cette mystérieuse branche qui s’ouvre de part et d’autre de l’amande : il pourrait s’agir de l’arbre de vie. Ce végétal est dans la vision de Saint Jean un symbole rédempteur et sotériologique : " heureux ceux qui lavent leur robes afin d’avoir droit à l’arbre de vie et d’entrer par les portes de la ville…"
Ainsi, le tympan de Charlieu semblerait associer des éléments des derniers chapitres de l’apocalypse (l’arbre de vie du paradis) et des premiers chapitres qui donnent la vision des vieillards et des quatre bêtes. On retrouve cette association peu fréquente dans un narthex du XIe siècle, à San Pietro al Monte à Civate. Au-dessus de l’agneau, un petit panneau encadré a contenu une croix.(XVIIIe siècle).
Le grand portail – linteau
Les douze apôtres, comme annoncé pour le Jugement (Mt 19, 28), sont assis devant une surface où sont tracés les empilements des pierres d’un mur, qui peut symboliser le mur de Jérusalem, les douze apôtres marquant les douze portes de la cité sainte, en un thème populaire dans les monuments du troisième quart du douzième siècle. Les trois figures au centre sont la vierge et deux anges. Le mur en arrière-plan des apôtres ne se retrouve pas autour de ces trois images. Ici placée, la vierge figure comme un intercesseur.
Le grand portail – encadrement du porche
Des motifs géométriques et végétaux d’inspiration orientale : grecques, festons et rubans plissés, comme au portail nord de Paray-le-Monial. Sur les piédroits (piliers latéraux) et les voussures (encadrement en demi-cercle dont l’ensemble forme l’archivolte) : rinceaux variés, fleurette, damiers, palmettes, rubans plissés, arcs, grecques. Aux impostes des piédroits : Le roi David, à gauche, et Boson, roi de Bourgogne et de Provence, qui porte l’abbaye, dont il aurait été un bienfaiteur. A droite, Jean-Baptiste, vêtu d’une peau de bête, et l’évêque Robert, fondateur de l’abbaye. Au montant gauche de la porte sous le linteau : la luxure, femme enlacée d’un serpent et dont le sein est dévoré par un crapaud.
Le petit portail -tympan
Les noces de Cana, donc, le premier miracle du Christ. On y devine le Christ entre la Vierge et un disciple, leurs têtes ôtées à la révolution prenaient place au centre de limbes de grande taille.
L’archivolte porte les six personnages de la Transfiguration, présentée par les trois évangiles synoptiques : de droite à gauche saint Pierre, le prophète Élie, Moïse, le Christ (IHS), saint Jean et saint Jacques. Cette scène est une nouveauté dans les programmes de façades des années 1140-1150.
Le petit portail – sous le linteau
Trois personnages au chapiteau de droite : le Christ en chasuble offrant le saint sacrifice, assisté par Saint Pierre et Saint Paul dans la Jérusalem céleste.
Une grande qualité artistique : de la composition aux infimes détails
L’artiste qui a sculpté ces portails n’a pas craint dans le grand tympan les courbes aiguës des manteaux. Le triangle et l’ovale dominent la composition, en créant des lignes de force. Cependant, au mouvement et à l’énergie sont associés la délicatesse et la légèreté par l’usage abondant des petits évidements, dans le pelage frisé du mouton ou dans la dentelle des frises, jusque dans le recours aux trous ronds, encore utilisés pour mettre en valeur le mouvement circulaire des étoffes à l’extrémité des plis (par exemple à la nappe des noces de Cana) ou encore ceux, minuscules, percés au trépan, entre les orteils.

Eglise priorale romane Saint-Fortuné ; commune de Charlieu, Loire, 42, Rhône-Alpes, France
L’église Saint-Fortuné fut consacrée en 1094. Il n’en demeure que le premier niveau de la façade ouest et les piliers de la première travée.
Les tympans de l’église prieurale Saint Fortuné de Charlieu sont tous trois remarquables à plusieurs titres. Ceux des portails nord, bien qu’altérés par la suppression des têtes des personnages, sont d’une remarquable qualité artistique, pour laquelle la grâce et la force tourbillonnante du mouvement des scènes de personnages le disputent au caractère éminemment décoratif de la multitude de motifs géométriques ou végétaux.
Les portails de la façade nord, deuxième quart du XIIe siècle
Ils sont reliés par leur thématique : alors que l’archivolte du portail principal est surmontée d’un gracieux et réaliste agneau de l’apocalypse, le linteau du petit portail représente les sacrifices d’animaux pratiqués sous la loi judaïque. Comme Charlieu est une abbaye clunisienne, c’est une interprétation de Pierre le Vénérable, qui fut abbé de Cluny, qu’il faudrait voir illustrée ici ; dans son traité contre Pierre de Bruys, il précise : « le bœuf, le veau, le bélier, la chèvre, arrosaient de leur sang les autels des juifs ; seul l’agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, repose sur l’autel des chrétiens. » Voilà le lien entre l’agneau et le bétail au sacrifice. L’exégète explique plus loin que le Christ, en changeant l’eau en vin aux noces de Cana, a voulu figurer l’eucharistie et le sacrement de l’autel. Or, ce sont justement les noces de Cana qui sont représentées au-dessus de ce linteau.
Le grand portail – tympan
Le Christ en gloire dans une mandorle est entouré des « quatre vivants » de l’Apocalypse de Jean : le tétramorphe, identifié dès le deuxième siècle aux quatre évangélistes. L’aigle, symbole de Jean, porte un rouleau.L’homme, qui représente Matthieu, est à gauche du Christ. En bas à gauche est le lion, Saint Marc.Enfin Saint Luc est le taureau.
De chaque côté de l’archivolte supérieure, les vieillards de l’apocalypse de Saint Jean dansent et jouent du rebec, les 24 rosettes symbolisent leur nombre exact, l’agneau de l’apocalypse couronne la composition. La végétation, abondante dans les frises, joue un rôle important : À la base de la mandorle, elle revêt un sens symbolique : le Christ est le fruit ou la fleur de cette mystérieuse branche qui s’ouvre de part et d’autre de l’amande : il pourrait s’agir de l’arbre de vie. Ce végétal est dans la vision de Saint Jean un symbole rédempteur et sotériologique : " heureux ceux qui lavent leur robes afin d’avoir droit à l’arbre de vie et d’entrer par les portes de la ville…"
Ainsi, le tympan de Charlieu semblerait associer des éléments des derniers chapitres de l’apocalypse (l’arbre de vie du paradis) et des premiers chapitres qui donnent la vision des vieillards et des quatre bêtes. On retrouve cette association peu fréquente dans un narthex du XIe siècle, à San Pietro al Monte à Civate. Au-dessus de l’agneau, un petit panneau encadré a contenu une croix.(XVIIIe siècle).
Le grand portail – linteau
Les douze apôtres, comme annoncé pour le Jugement (Mt 19, 28), sont assis devant une surface où sont tracés les empilements des pierres d’un mur, qui peut symboliser le mur de Jérusalem, les douze apôtres marquant les douze portes de la cité sainte, en un thème populaire dans les monuments du troisième quart du douzième siècle. Les trois figures au centre sont la vierge et deux anges. Le mur en arrière-plan des apôtres ne se retrouve pas autour de ces trois images. Ici placée, la vierge figure comme un intercesseur.
Le grand portail – encadrement du porche
Des motifs géométriques et végétaux d’inspiration orientale : grecques, festons et rubans plissés, comme au portail nord de Paray-le-Monial. Sur les piédroits (piliers latéraux) et les voussures (encadrement en demi-cercle dont l’ensemble forme l’archivolte) : rinceaux variés, fleurette, damiers, palmettes, rubans plissés, arcs, grecques. Aux impostes des piédroits : Le roi David, à gauche, et Boson, roi de Bourgogne et de Provence, qui porte l’abbaye, dont il aurait été un bienfaiteur. A droite, Jean-Baptiste, vêtu d’une peau de bête, et l’évêque Robert, fondateur de l’abbaye. Au montant gauche de la porte sous le linteau : la luxure, femme enlacée d’un serpent et dont le sein est dévoré par un crapaud.
Le petit portail -tympan
Les noces de Cana, donc, le premier miracle du Christ. On y devine le Christ entre la Vierge et un disciple, leurs têtes ôtées à la révolution prenaient place au centre de limbes de grande taille.
L’archivolte porte les six personnages de la Transfiguration, présentée par les trois évangiles synoptiques : de droite à gauche saint Pierre, le prophète Élie, Moïse, le Christ (IHS), saint Jean et saint Jacques. Cette scène est une nouveauté dans les programmes de façades des années 1140-1150.
Le petit portail – sous le linteau
Trois personnages au chapiteau de droite : le Christ en chasuble offrant le saint sacrifice, assisté par Saint Pierre et Saint Paul dans la Jérusalem céleste.
Une grande qualité artistique : de la composition aux infimes détails
L’artiste qui a sculpté ces portails n’a pas craint dans le grand tympan les courbes aiguës des manteaux. Le triangle et l’ovale dominent la composition, en créant des lignes de force. Cependant, au mouvement et à l’énergie sont associés la délicatesse et la légèreté par l’usage abondant des petits évidements, dans le pelage frisé du mouton ou dans la dentelle des frises, jusque dans le recours aux trous ronds, encore utilisés pour mettre en valeur le mouvement circulaire des étoffes à l’extrémité des plis (par exemple à la nappe des noces de Cana) ou encore ceux, minuscules, percés au trépan, entre les orteils.
A suivre:
- Eglise priorale Saint-Fortuné de Charlieu
- Eglise priorale Saint-Fortuné de Charlieu
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- Abbatiale de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire
- Abbatiale Notre-Dame de Payerne
- Abbatiale de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire
- Abbatiale de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire
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