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May 27, 2007 • Rencontre et mariage
L’arrivée à Naberezhnye Chelny est restée gravé dans ma mémoire. Après avoir traversé l’immense fleuve Kama, nous sommes arrivés dans une sorte de zone industrielle à perte de vue. D’énormes blocs de béton abandonnés, des tuyaux, de l’acier, des grues, et des colonnes de travailleurs qui marchent on ne sait pas bien dans quelle direction ni pourquoi.
Comme pour s’excuser d’un tel spectacle Anna et Olia m’ont expliqué qu’il s’agissait de l’ancienne ville. La ville neuve est bien plus belle ! Les blocs d’habitation des banlieues de Paris sont des palaces à côté de ces bâtiments dénués de chaleur et d’une couleur qu’on pourrait inventer comme étant la couleur du désespoir. J’ai immédiatement compris pourquoi Anna avait voulu quitter cette ville.
Dans cette petite ville de 700.000 habitants, nous avons mis plus de 10 minutes pour atteindre le centre-ville où il fallait immédiatement que je passe me faire enregistrer auprès des autorités locales. C’est à ce moment que la fatigue extrême occasionnée par ce long voyage m’a rattrapé. Je me suis senti extrêmement las et fatigué lorsque la dame habillée en militaire tapait à l’ordinateur en regardant mes papiers avec le plus grand sérieux. Elle ne comprenait pas bien comment un français pouvait habiter au Canada et elle finit par inscrire Montréal comme une ville française. C’était plus simple de cette manière. Pendant que les procédures administratives s’éternisaient, les téléphones cellulaires redoublaient d’activité entre Slava qui attendait dans la voiture, les parents qui attendaient et nous qui étions coincés dans un bureau de la milicia.
Je pensais défaillir lorsque finalement nous sommes repartis. En arrivant devant le bloc 27 de la rangée 111, l’excitation qui avait disparu depuis un moment est revenue comme par magie. Le père d’Anna, Valera, nous accueillait à bras ouvert sur le perron de l’immeuble et dès que je fus dehors il me prit dans ses bras d’une manière vigoureuse et extrêmement chaleureuse.Ca y était, je l’avais fait. Deux jours plus tôt j’étais à Montréal pour me retrouver au cœur de la Russie dans les bras du père d’Anna. J’étais content, la fatigue disparut un instant et rapidement nous nous sommes tous retrouvés dans l’appartement minuscule de la famille. La table était mise, pleine de mets délicieux, tout était prêt pour une fête de famille importante à laquelle je ne pourrais certainement pas me soustraire en dépit de mon état de fatigue. La joie et l’excitation des parents étaient manifestes.
On sentait que la soirée ne faisait que commencer. La vodka était prête et je dois avouer que je me suis senti effrayé. Pourtant, la simplicité de l’instant et son côté burlesque a rapidement pris le dessus. Mon russe approximatif s’est avéré de plus en plus utile et convaincant au fur et à mesure que les verres de Vodka se succédaient. A chaque fois qu’une tournée se préparait j’avais l’impression de mettre un clou supplémentaire sur mon cercueil. Mais il n’en fut rien. Par je ne sais quel miracle, tout se déroulait comme dans un rêve. Nous avons commencé par manger la soupe traditionnelle, le Borsh, une soupe de betterave avec des morceaux de viande et de la crème fraiche, suivie de différents plats traditionnels russes entièrement faits par la mère de Anna, Lubov, ce qui signifie Amour en russe. De nombreuses salades, des desserts, et beaucoup de poisson.
A noter également la présence presque systématique des champignons dans chacun des plats. J’ai même remarqué avec curiosité que certaines sortes de beurres et crèmes sont parfumés aux champignons.