Abbaye de Cluny - ,
Rencontre

Abbaye de Cluny

femme de l est

Abbatiale romane Cluny III ; commune de Cluny, Saône-et-Loire 71, Bourgogne, France

Cluny III fut la troisième abbatiale de l’abbaye de Cluny, construite en 1085, sous l’abbatiat d’Hugues de Semur. C’est alors un bâtiment d’une grandeur exceptionnelle, avec ses 187 m de longueur pour une largeur de 90 m au niveau du transept. L’édifice est le plus grand de la chrétienté, après Saint-Pierre de Rome, construite 5 siècles plus tard.

L’édifice ne survit pas à la Révolution française. En 1798, le terrain est vendu en lots, les propriétaires pouvant ainsi bénéficier facilement de pierres taillées. De Cluny III ne subsistent que les bras sud du grand et du petit transept, ainsi que le clocher de l’Eau bénite, qui coiffe le croisillon sud du grand transept. On peut voir aussi les restes des tours des Barabans, qui encadraient le portail, et les parties basses de l’avant-nef. Tout cela représente moins de 10 % de la surface d’origine de Cluny III.

L’édifice d’art roman doit beaucoup aux architectes Gauzon et Hézelon de Liège. Le plan fait état d’un édifice impressionnant, de 190 mètres de long, un déambulatoire orné de cinq chapelles rayonnantes, un double transept de 59 et 73 mètres comportant des absidioles sur les façades orientales, achevés en 1100. La nef est aussi grande que le grand transept, avec onze travées, et succède à un narthex (ou avant-nef, ou encore galilée) de cinq travées, ce qui prendra 12 ans à construire (1107-1115) et 6 ans à voûter. Les deux tours carrées des Barabans, hautes de 50 mètres, en gardent l’entrée. Mais c’est la hauteur qui constitue l’élément le plus impressionnant. La nef est en effet élargie par des collatéraux doubles, mais sa voûte s’élève à 30 mètres sur trois niveaux. Sa voûte brisée est soutenue par des arcs doubleaux, et des contreforts évidés. La croisée du grand transept est surmontée d’une coupole de 40 mètres de haut, surmontée d’une tour carrée, accompagnée de deux tours sur les côtés, à couvrement octogonal. De même, la croisée du petit transept est ornée d’un clocher d’un couvrement identique. Toutes les dimensions de l’abbatiale sont des multiples d’un module de base de cent pieds supposés romains et sont toutes des multiples de sept.

(extrait de : fr.wikipedia.org/wiki/Cluny_III)

La porte monumentale
… Sensiblement contemporaine de la grande église, soit de l’apogée roman (v. 1100), elle est à double percée jumelle, selon le modèle des portes romaines. A travers elle se profile le clocher octogonal de l’Eau bénite, flanqué de sa tourelle d’escalier carrée, dite tour de l’Horloge. A gauche, les deux palais abbatiaux : le premier, édifié par les soins de l’abbé Jean de Bourbon (xve siècle), abrite le musée municipal ou musée Ochier. Le second, bâti par ses successeurs Jacques d’Amboise (1485-1510) et Geoffroy d’Amboise (1510-1518). sert d’hôtel de ville; un agréable jardin public l’entoure, donnant vue sur les monts du Maçonnais qui forment la toile de fond inséparable du paysage clunisien.

Façade du narthex et perspective de l’église
Par la rue Kenneth Conant, qui descend en pente assez forte le long de la terrasse du musée, l’on accède à l’ancienne façade du narthex. Il n’en subsiste plus que l’arrachement Nord du portail flamboyant, et les soubassements massifs des deux tours carrées, appelées les Barabans (aucune étymologie valable n’a été proposée de ce vocable bizarre). De là, le regard mesure à travers le vide les dimensions colos­sales de l’église disparue. Le croisillon Sud du grand transept, seul debout, marque à peu près les deux tiers de la longueur totale, et l’imagination reconstitue l’extrémité du chevet au niveau des hauts arbres qui, derrière, barrent l’horizon. A droite, et en contrebas, le mur méridional du narthex est entièrement déblayé jusqu’à sa rencontre avec la façade de l’église proprement dite, dont subsistent seules lesfondations; il est bâti de bel appareil régulier, scandé de pilastres auxquels sont adossées des demi-colonnes à la section légèrement outre­passée.

Le clocher de l’Eau bénite
Irrésistiblement, l’attention se fixe sur la silhouette, fameuse dans le monde entier, du grand clocher de l’Eau bénite, accosté de la tour de l’Horloge en une composition magni­fiquement agencée. Il s’enlève sur un socle puissant, épaulé à ses extrémités par deux contreforts à ressauts. C’est une tour de deux étages octogonaux richement ajourés et décorés : à l’étage inférieur, une baie encadrée de deux arcatures aveugles, toutes trois en plein cintre; les archivoltes sont découpées de motifs d’enroulements ou de copeaux, tels qu’il s’en voit au triforium de la nef mutilée de l’église de La Charité-sur-Loire. Au-dessus, deux fenê­tres jumelles par face sont pareillement enca­drées d’arcs aveugles, sous un motif de festons lombards très restaurés…

Le grand transept
La vision est stupéfiante. Le touriste le plus blasé, le visiteur le mieux prévenu, ne peuvent rester indifférents à ce moignon d’église que semble aspirer une vertigineuse tension. La mutilation même de l’édifice,brutalement coupé, au Nord, par un mur de mauvais appareil, ajoute encore à sa concentration et à son élan, captive le regard qui en saisit d’emblée la structure, la forme, les articulations essentielles. Deux travées, voûtées en berceau brisé, enca­drent la coupole octogonale sur trompes qui porte le clocher de l’Eau bénite, et dont la hauteur, inouïe à l’époque romane, atteint 32 mètres 20. La première, plus basse, constitue l’extrémité du croisillon, et assure un office de butée ou de tas de charge. Elle ne présente pas l’élévation traditionnelle du système clunisien, qui est à triple étage. Celle-ci ne se développe en effet qu’à la seconde travée, au-delà de la coupole. Là se superposent en une ascension magnifiquement rythmée les arcades qui, du transept, donnaient accès au bas-côté extrême, puis un reposant espace de mur nu, et les deux étages supérieurs enfin : placage d’une triple arcature en plein cintre que séparent des pilastres, et, selon une com­position rigoureusement identique, trois hautes baies, encadrées d’archivoltes elles-mêmes en plein cintre.
La décoration sculptée qui accompagne, souligne et ponctue ce schéma structural n’offre pas une moindre maîtrise : bandeaux chargés de petits disques; arcatures du faux triforium ornées, elles, de disques en creux auxquels on assigne parfois une influence musulmane; chapiteaux de feuillages aux mode­lés accomplis, ou de motifs animaux décoratifs… A l’Est s’ouvrent deux chapelles accolées. Celle de la première travée n’est que l’une des absidioles semi-circulaires du plan primitif, qui en avait prévu deux sur chacun des croisillons du grand transept. La seconde, pourvue à droite d’une petite tourelle d’escalier à vis, fut édifiée par l’abbé Pierre de Chastellux (1322-1344), sous le vocable de saint Martial; elle se compose de deux travées, avec un chevet à cinq pans et de délicates voûtes d’ogives. En face de l’absidiole romane, une petite porte donne accès à la tour de l’Horloge, qui n’est pas normalement ouverte au public. Au haut de l’escalier, une chapelle romane est dédiée à l’archange saint Michel…

Le transept oriental
Il subsiste moins encore du petit transept, qui s’étendait à l’Est du premier : un reste de mur, une absidiole semi-circulaire à colonnes-contreforts, et la chapelle flamboyante de Bourbon, magnifique ouvrage de gothique tardif, décoré sans excès, et primitivement rehaussé, à l’intérieur, de quinze grandes statues en ronde bosse, qui, toutes, ont disparu. Il n’en demeure que les socles, eux-mêmes sculp­tés de bustes proéminents de prophètes de l’Ancien Testament, d’une force et d’un relief saisissants.

Les grands chapiteaux du farinier
… [L]e bâtiment hors œuvre du grand « farinier » des moines, dissimulé par un bosquet de verdure, a recueilli les collections lapidaires de l’abbaye et de la ville : au rez-de-chaussée, belle salle voûtée d’ogives sur rangée de colonnes … L’étage supérieur, dont la charpente en carène est un très remarquable ouvrage de menuiserie gothique (le farinier fut construit par les soins de l’abbé Yves Ier, 1257-1275), abrite les chapiteaux sculptés du chœur de la grande église… Les grands chapiteaux, sauvés du désastre où avait sombré le chef-d’œuvre de l’abbé Hugues, ont été transférés du musée municipal … et bénéficient en ce lieu d’un cadre plus majestueux et de plus vaste déve­loppement. Ils ont été disposés sur un bahut semi-circulaire qui prétend suggérer, mais avec des dimensions bien moindres, le rond-point du sanctuaire qu’ils délimitaient jadis. Au centre de l’hémicycle ont été installées une table d’autel roman aux bords festonnés, et l’urne gravée de la croix, qui aurait, selon la tradition, contenu le cœur de saint Hugues…

(extrait de : Bourgogne romane ; Raymond Oursel, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1974 (7.éd.) pp. 95-140)

La troisième église abbatiale de Cluny était ornée, à l’intérieur, de tout un univers géométrique végétal et historié, taillé dans la pierre ou peint de couleurs vives. Ce décor fit l’objet des mêmes soins (qualité des matériaux employés, maitrise technique incontestable, verve et fantaisie décoratives) que ceux portés à l’architecture. Mais à l’instar du mobilier qui fut pillé et dispersé, les décors sculptés et peints furent presque totalement anéantis par le travail des démolisseurs, à la fin du XVIIIème siècle. Quelques éléments majeurs ont par bonheur, et souvent au gré du hasard, survécu à ce naufrage. Au premier rang d’entre eux figure l’ensemble des huit chapiteaux qui ornaient le chœur de l’abbatiale et qui constituent par la qualité plastique et le souffle de leur inspiration l’un des grands chefs-d’œuvre de la sculpture romane.

Ces chapiteaux appartiennent aux collections du musée archéologique et sont, depuis quelques décennies, exposées au sein du farinier de l’abbaye. Ils y sont disposés selon un schéma de répartition échafaudé par K. J. Conant. Un seul d’entre eux est exclusivement végétal (de style corinthien). Sur tous les autres, les feuillages composent le cadre ou le fond de chacune des scènes figurant sur les quatre faces. Les deuxième et troisième d’entre eux sont ornés de petits personnages, assez mutilés, sur un fond de feuillages très denses. On y voit un apiculteur qui nettoie sa ruche, un baigneur caché dans les feuilles, un personnage avec un gant (peut-être un lutteur), un personnage dans la position du discobole et un autre tenant un livre. Les quatrième et cinquième chapiteaux présentent respectivement des personnages, vertus théologales et cardinales, dans des hexagones et des mandorles soulignées par des inscription hermétiques car le rapport entre ces dernières et les scènes qu’elles encadrent est en effet difficile à déterminer. Le quatrième chapiteau est orné de trois vertus théologales (la Charité ouvrant un coffret, la Foi s’agenouillant avec humilité pour recevoir l’hostie, l’Espérance tenant un sceptre ou un bâton fleuri) et d’une vertu cardinale (la Justice écartant les bras pour tenir les plateaux de la balance). D’autres érudits identifient ces figures comme quatre des sept arts libéraux. Le cinquième chapiteau porte, quant à lui, les figures de la Prudence revêtue d’une cotte de maille et tenant un étendard (certains, comme Emile Mâle, l’identaifient comme la Force ou la Rhétorique), d’une jeune femme semblant s’adresser à quelqu’un, d’une autre jeune femme tenant un livre sur sa poitrine et enfin d’une dernière penchée sur une gerbe. Le sixième chapiteau ne soulève aucun problème d’interprétation avec des représentations des quatre fleuves du Paradis : le Phison, le Gehon, le Tigre et l’Euphrate avec le pommier, le figuier, l’amandier et la vigne… Les deux derniers représentent, à travers des figures de musiciens ou de danseurs, les tons du plain-chant, c’est-à-dire de la musique liturgique vocale et monodique très en vogue à cette époque. Les quatre premiers tons de la musique sont figurés sur le septième chapiteau avec un jeune homme jouant du luth, un personnage dansant et tenant une cymbale, un joueur de cithare et enfin un joueur de clochette. Le dernier et huitième chapiteau représente les derniers tons avec une jeune femme qui saute, un joueur de monocorde (sorte de guitare), un joueur de trompette, et un musicien dont l’instrument a disparu. Il semble qu’il y ait des inexactitudes dans la manière dont les protagonistes tiennent ou utilisent leurs instruments.

Nous voyons apparaître ici un artiste génial qui maîtrise parfaitement l’acanthe et le nu, inspiré de l’Antiquité, et que d’aucuns ont baptisé le Maître de Cluny. Le mouvement des étoffes est une des caractéristiques majeures de son style, qui perdurera dans la sculpture romane bourguignonne. Pleines de vie, bouillonnantes, ces étoffes semblent animées par des courants d’air qui font retrousser les tuniques de manière très gracieuse à leur base, tandis qu’elles sont collées sur les corps dont elles laissent deviner les formes. Ces diverses figures ont en commun la souplesse des corps animés de gestes harmonieux (tels ceux des danseurs ou musiciens) et la variété des attitudes mouvementées (têtes inclinées, corps penchés, pas de danse…) qui, avec une grande hardiesse, nient le cadre architectonique rigide de la corbeille. Cette élégance des attitudes et cette audace de la composition furent parfois copiées avec maladresse, comme à Vezelay notamment. De même, les visages très typés (mâchoire saillantes, menton dessiné, bouche petite aux lèvres serrées, yeux marqués d’un trou de trépan) furent repris dans d’autres figures de Cluny III, mais avec une gaucherie qui indique d’autres mains.

(extrait de : www.narthex.fr/blogs/abbaye-de-cluny-910-2010/les-sculptu…

A suivre:

Tags: ,

Ma réaction